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Test TTArtisan AF 56 mm f/1,8 a 151 EUR : le portrait sur Fujifilm X sans vendre un rein

A 151 EUR, ce 85 mm equivalent autofocus tout metal tient sur un capteur 40 Mpx. Mais son contre-jour est catastrophique et deux specs annoncees n'existent pas. Le verdict de la redac.

Par Jean-Philippe 12 min de lecture
TTArtisan AF 56 mm f/1,8 noir pour hybride APS-C, vu de trois quarts avec sa bague de mise au point moletée
TTArtisan AF 56 mm f/1,8 noir pour hybride APS-C, vu de trois quarts avec sa bague de mise au point moletée

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Il y a une case vide dans à peu près tous les sacs Fujifilm X : le portrait. Le Fujinon XF 56 mm f/1,2 R WR est magnifique, et il coûte plus cher que certains boîtiers d'occasion. Longtemps, entre les deux, c'était le désert — puis les fabricants chinois s'y sont mis. Le TTArtisan AF 56 mm f/1,8, actuellement affiché à 151 € au lieu de 189 € (20 % de remise), est l'option la plus abordable du lot.

56 mm sur APS-C, c'est 84 mm en équivalent plein format : la focale portrait canonique. La question n'est donc pas de savoir si la focale est bonne — elle l'est — mais si un autofocus tout métal à 150 € peut produire des images qu'on assume, y compris sur les capteurs 40 Mpx des X-T5 et X-H2. Spoiler : oui, avec un astérisque assez gros. Et deux specs annoncées côté marchand qui n'existent tout simplement pas.

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Ce que cet objectif est vraiment (et ce qu'il n'est pas)

Commençons par le ménage, parce que les fiches produit racontent n'importe quoi sur ce caillou. Deux caractéristiques circulent sur les listings marchands et sont fausses.

Alerte specs. Le TTArtisan AF 56 mm f/1,8 n'est pas stabilisé : aucun testeur ne mentionne d'OIS, et le barillet ne comporte ni interrupteur ni mécanisme de stabilisation. Il ne porte pas non plus de traitement « Nano Crystal » — c'est une marque déposée Nikon. La formule optique réelle, documentée par TTArtisan et relayée par phillipreeve.net, compte 10 lentilles en 9 groupes dont 1 élément ED et 2 éléments HRI à haut indice de réfraction. Sur un boîtier Fujifilm, c'est le capteur qui stabilise, pas l'objectif.

Ce qui est vrai : monture Fujifilm X (également disponible en Sony E et Nikon Z), ouverture f/1,8 à f/16, diaphragme circulaire à 9 lamelles, filtres 52 mm, distance minimale de mise au point de 0,5 m pour un rapport de grandissement de 0,14×. Dustin Abbott a pesé son exemplaire monture X à 236 g — phillipreeve.net annonce 235 à 245 g selon les exemplaires, et TTArtisan situe la gamme autour de 233 à 245 g selon la version de monture. Retenez donc 236 g comme une mesure d'exemplaire Fujifilm, pas comme une caractéristique universelle. C'est léger dans l'absolu, mais pas le plus léger de sa catégorie : le Viltrox AF 56 mm f/1,7 descend à 171 g.

La construction est intégralement métal et verre, monture et bague de mise au point comprises, avec une finition anodisée noire. Le bouchon arrière fait office de dock : il embarque un port USB-C pour mettre à jour le firmware depuis un ordinateur, sans passer par le boîtier.

Comparaison de quatre objectifs autofocus autour de 56 mm pour Fujifilm X, avec ouverture, poids, bague de diaphragme et protection contre les intempéries
Le Viltrox f/1,7 est le plus léger de ces quatre et n'a pas de bague de diaphragme ; la sélection n'est pas exhaustive.

Les forces : une définition qui n'a pas à rougir

Ça tient sur un capteur 40 Mpx

C'est le constat le plus remarquable de tous les tests consultés. Dustin Abbott a mené son essai sur un Fujifilm X-H2 de 40 Mpx — un capteur APS-C dont il rappelle qu'il équivaut à plus de 90 Mpx en plein format, soit un niveau d'exigence supérieur à tout ce qui existe en 24×36. Son verdict : le TTArtisan AF 56 mm est l'objectif le moins cher qu'il ait testé à s'en tirer honorablement sur ce capteur.

Sur le détail, phillipreeve.net documente le comportement à distance de portrait : le centre est excellent dès la pleine ouverture, la couronne intérieure (l'intersection des tiers, là où se placent les yeux) est très bonne à f/1,8 et excellente dès f/2,8. À l'infini, le pic centre et mi-champ arrive entre f/5,6 et f/8.

Distorsion nulle et aberrations tenues

Les deux testeurs sont d'accord : la distorsion est inexistante, ou tellement faible qu'elle ne se mesure pas. C'est loin d'être systématique dans cette gamme de prix.

Sur les franges colorées, TTArtisan a visiblement travaillé après les critiques adressées à son 35 mm f/1,8. Les aberrations chromatiques longitudinales sont présentes à f/1,8 mais disparaissent dès f/4 ; les latérales existent en bord de champ mais restent d'une amplitude corrigeable en un clic. Dustin Abbott ne relève « quasiment aucune frange » dans les hautes lumières défocalisées.

La mise au point mini, argument sous-estimé

Les 0,5 m de distance minimale sont une vraie amélioration par rapport au 35 mm de la marque, qui plafonnait à 60 cm. Le rapport de 0,14× égale, selon Dustin Abbott, celui des Fujinon et Sigma de même focale. Phillipreeve.net note que cette capacité à s'approcher permet de gommer l'arrière-plan davantage que ne le ferait un f/1,4 tenu plus loin du sujet — un contournement partiel du déficit d'ouverture.

Les limites : le contre-jour, sérieusement

Le flare est le talon d'Achille

C'est le seul point sur lequel les deux testeurs mettent le même mot : décevant. Phillipreeve.net le classe sans détour dans la colonne « je n'aime pas » de son tableau de conclusion. Dustin Abbott confirme que les traitements ont progressé par rapport au 35 mm, avec moins d'artefacts fantômes disgracieux, mais que des voiles et des halos apparaissent dès qu'une source lumineuse vive entre dans le champ — ou même se contente de le frôler.

« Si la résistance au flare est votre objectif, il y a encore beaucoup de marge de progression ici. » — Dustin Abbott, à propos du TTArtisan AF 56 mm f/1,8.

Le problème est aggravé par un design franchement absurde : le pare-soleil métallique fourni, avec son ouverture rectangulaire, empêche à la fois de visser un filtre et de remettre le bouchon avant. Il faut donc choisir entre protéger la frontale et limiter le flare. Dustin Abbott avait déjà signalé le problème sur le 35 mm de la marque, sans effet.

Coins mous et vignetage

Les angles ne deviennent jamais parfaitement nets. Phillipreeve.net les qualifie de « corrects à bons » à pleine ouverture, et il faut fermer entre f/8 et f/11 pour qu'ils atteignent un bon niveau. Dustin Abbott situe leur pic vers f/8 en précisant qu'ils restent « bons sans être fantastiques ».

Le vignetage suit une courbe classique mais marquée : 1,6 IL à f/1,8, 1 IL à f/2,8, puis 0,25 IL à f/8 d'après les mesures de phillipreeve.net. Un profil de correction existe déjà dans Lightroom — même s'il identifie l'objectif sous une dénomination fantaisiste — et fait le travail proprement.

En pratique, pour du portrait, ces deux défauts sont largement secondaires : les coins d'une image de portrait sont rarement l'endroit où se joue la photo.

Ergonomie amputée et vidéo en retrait

  • Pas de bague de diaphragme. Sur Fujifilm, où la bague est un marqueur culturel de la marque, ça se remarque. Le diaphragme se pilote depuis le boîtier — c'est aussi le cas du Viltrox f/1,7 concurrent, seuls les Fujinon la conservent dans ce comparatif.
  • Pas de sélecteur AF/MF ni aucun autre commutateur sur le barillet.
  • Pas de tropicalisation. À éviter sous la pluie, donc.
  • Respiration de mise au point modérée, signalée par phillipreeve.net comme une mauvaise nouvelle pour les vidéastes.
  • Autofocus vidéo perfectible : Dustin Abbott décrit des transitions de point globalement fluides mais entrecoupées de paliers visibles en fin de course.

Sur l'autofocus photo, le bilan est correct. Le moteur pas-à-pas STM est discret — un léger sifflement audible seulement en environnement très calme — et la précision est bonne, y compris en détection oculaire. La vitesse est décrite comme « moyennement rapide » : pas instantanée comme un moteur linéaire haut de gamme, mais suffisante pour du portrait posé, de la rue et même de l'événementiel en intérieur, où Dustin Abbott a mené une séance complète sans le moindre raté.

Face à la concurrence en monture Fujifilm X

Voici les quatre modèles que nous comparons, de f/1,2 à f/1,8, avec un écart de prix qui va du simple au sextuple. La sélection n'est pas exhaustive : Viltrox propose aussi un AF 56 mm f/1,4 XF, plus ancien et plus lourd, et le catalogue de la monture X bouge vite — vérifiez les nouveautés avant d'arbitrer.

CritèreTTArtisan AF 56/1,8Viltrox AF 56/1,7Sigma 56/1,4 DC DNFujinon XF 56/1,2 R WR
Ouverture maxf/1,8f/1,7f/1,4f/1,2
Poids236 g (exemplaire X)171 g280 g (monture X)445 g
Bague de diaphragmeNonNonNonOui
Protection intempériesAucuneAucuneJoint d'étanchéité à la montureTropicalisation complète (WR)
Netteté en périphérieCorrecteSupérieureLa meilleure du lotRéférence
Prix indicatif≈ 150 €≈ 180 €≈ 350 €≈ 900 €

Le vrai rival, c'est le Viltrox AF 56 mm f/1,7, sorti quasiment en même temps. Phillipreeve.net le décrit comme « l'alternative la plus proche » : plus court d'environ 11 mm, plus léger de 65 g (171 g contre 236 g), plus net en périphérie et dans les angles, et meilleur en contre-jour. Il n'a pas non plus de bague de diaphragme — l'ouverture se règle depuis le boîtier, exactement comme sur le TTArtisan. En face, le TTArtisan garde l'avantage sur le vignetage, la distorsion et le prix. Les comparatifs résument la chose sans détour : petit et pas cher, TTArtisan ; plus net et plus riche, Viltrox.

Le Sigma 56 mm f/1,4 DC DN reste la référence optique du milieu de gamme — Dustin Abbott estime que c'est le seul, parmi les alternatives, qui égalerait ou dépasserait le TTArtisan à ouvertures comparables. Il coûte plus du double, et il est le seul des trois objectifs tiers à offrir un début de protection : Sigma annonce une monture à joint d'étanchéité résistante à la poussière et aux projections, réservée aux montures L, X et Z. Ce n'est pas une tropicalisation complète — le fût, lui, n'est pas scellé — mais ce n'est pas rien face à un « aucune protection ». Quant au Fujinon f/1,2 R WR, il joue ailleurs : un diaphragme complet de plus, la tropicalisation, et 445 g au bout du boîtier.

Schéma de rayons montrant une source dans le cadre, au bord et hors cadre, avec voile lumineux, reflets internes et rôle du pare-soleil
Le déplacement du cadrage et l'occultation d'une source latérale permettent de distinguer voile de flare et fantômes internes.

Pour qui c'est fait — et pour qui ça ne l'est pas

C'est fait pour vous si :

  • Vous venez d'acheter un X-T5 ou un X-H2 et votre budget objectifs est à sec.
  • Vous voulez tester la focale portrait avant d'investir 900 € dans le Fujinon.
  • Vous shootez surtout en lumière contrôlée : studio, intérieur, ombre, ciel couvert.
  • Le poids compte sans être décisif — 236 g, c'est léger, même si le Viltrox f/1,7 fait mieux à 171 g.

Passez votre chemin si :

  • Vous photographiez systématiquement à contre-jour ou en lumière rasante : le flare va vous rendre fou.
  • Vous filmez et avez besoin d'un autofocus vidéo irréprochable.
  • La bague de diaphragme fait partie de votre façon de travailler sur Fujifilm.
  • Vous sortez par tous les temps : aucune étanchéité.

Si votre monture est Sony APS-C plutôt que Fujifilm, la logique reste la même mais le casting change — on a détaillé les options dans notre guide des objectifs portrait pour hybrides Sony APS-C. Et pour ceux qui suivent la marque, on avait déjà passé au crible le TTArtisan 7,5 mm f/2 fisheye en monture X.

Le verdict de la rédac

Le TTArtisan AF 56 mm f/1,8 est bon là où on ne l'attendait pas. Un objectif à 150 € qui encaisse un capteur de 40 Mpx sans se liquéfier, qui ne distord pas, qui contrôle ses franges colorées et qui s'en tient à 236 g, c'est objectivement une bonne affaire. TTArtisan apprend vite, et ça se voit d'une génération à l'autre.

Mais le flare n'est pas un détail cosmétique. C'est le genre de défaut qui ne se corrige pas en post-production et qui, un jour de contre-jour, transforme une séance en session de rattrapage. Le pare-soleil qui interdit filtre et bouchon relève de la faute de conception, pas du compromis budgétaire. À 30 € de plus, le Viltrox AF 56 mm f/1,7 corrige précisément ce point.

Verdict. Excellent achat si vous shootez majoritairement en lumière maîtrisée et que 150 € est votre plafond dur. Si vous pouvez pousser jusqu'à 180 €, le Viltrox AF 56 mm f/1,7 est le choix plus sûr. À ce niveau de prix, il n'y a pas de mauvais achat — juste un compromis à choisir en connaissance de cause.

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FAQ

Est-ce que le TTArtisan AF 56 mm f/1,8 est stabilisé ?

Non. Aucune stabilisation optique n'est intégrée, malgré ce qu'affichent certaines fiches marchandes. Sur les boîtiers Fujifilm équipés d'IBIS (X-T5, X-H2, X-S20…), c'est le capteur qui assure la stabilisation. Sur un boîtier sans IBIS, il faudra surveiller la vitesse d'obturation.

Quelle différence entre le TTArtisan AF 56 mm f/1,8 et le Viltrox AF 56 mm f/1,7 ?

Le Viltrox est plus léger (171 g contre 236 g), plus court d'environ 11 mm, plus net en milieu et bord de champ et meilleur en contre-jour. Aucun des deux n'a de bague de diaphragme : l'ouverture se règle depuis le boîtier dans les deux cas. Le TTArtisan est moins cher d'environ 30 € et contrôle mieux le vignetage et la distorsion. Les deux sont de bons achats ; le Viltrox est le plus polyvalent.

Le TTArtisan AF 56 mm f/1,8 tient-il sur un capteur 40 Mpx comme celui du X-T5 ?

Oui. Dustin Abbott l'a testé sur un X-H2 de 40 Mpx et le décrit comme l'objectif le moins cher qu'il ait vu tenir la charge sur ce capteur. Le centre et le mi-champ sont solides dès f/1,8 ; seuls les angles extrêmes restent en retrait.

Pourquoi mon TTArtisan 56 mm produit des voiles de lumière en contre-jour ?

C'est la faiblesse identifiée de l'objectif : les traitements antireflets ne suffisent pas quand une source vive entre dans le champ ou le frôle. Le pare-soleil fourni aide, mais il empêche d'utiliser filtre et bouchon avant simultanément. En pratique, il faut cadrer en gardant les sources lumineuses hors champ, ou assumer l'effet comme parti pris esthétique.

Comment mettre à jour le firmware du TTArtisan AF 56 mm f/1,8 ?

Le bouchon arrière fait office de dock de mise à jour : il intègre des contacts électroniques et un port USB-C. On y branche un câble vers un ordinateur pour flasher le firmware, sans passer par le boîtier. Pensez à ne pas perdre ce bouchon — sans lui, plus de mise à jour possible.

Sources citées

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